Alliance Francaise
L'ALLIANCE FRANCAISE ET L'INSTITUT FRANCAIS DE SAINT-PETERSBOURG
Essais historiques
Institut Francais
Christian Faure
Directeur de l'Alliance Française de Saint-Pétersbourg
Attaché culturel en 1998-2001

La refondation de l'Alliance Française de Saint-Pétersbourg

(1991-2001)

Au début de l'année 1990 l'attaché culturel près le Consulat général de France Michel Tarran nourrit avec plusieurs personnalités francophones de la ville le projet de reconstituer l'association Alliance Française qui avait existé jusqu'en 1917. Parmi les initiateurs russes on compte des " rapatriés " - Mme Natalia Y. Sakharova et MM. Serge et Vladimir Orlov - que leur itinéraire porte à unir les deux cultures dans un esprit démocratique ainsi que des représentants d'institutions culturelles, des professeurs et des traducteurs.

Au terme de plusieurs rencontres informelles une première assemblée est organisée le 17 juillet 1990 rue Mokhovaya dans un local de l'Institut de Théâtre. Michel Tarran après avoir mentionné la vocation universelle de l'Alliance Française dans la diffusion de la langue et de la culture rappelle l'importance qui fut celle de l'ancienne capitale de la Russie dans ce domaine. M . Igor Sakharov, conservateur à la bibliothèque nationale et généalogiste, évoque l'histoire de l'Alliance française avant 1917. Les participants ont également pour souci de préparer l'avenir. Au cours de cette réunion un Conseil d'administration est formé avec à sa tête deux vice-présidentes : Mme N. Sakharova, professeur à l'Institut pédagogique Herzen et Mme L . Albina, conservatrice de la bibliothèque Voltaire. Mme Metelitsyna, enseignante et traductrice se voit confier le rôle de secrétaire général. Un texte est élaboré pour être envoyé au Consul général de l'époque, M. Marcel Roux, sollicité pour être président d'honneur de l'association, ainsi qu'au secrétaire général de l'Alliance Française de Paris Jean Harzic. La liste des signataires est significative de l'élan qui porte alors les francophiles de Leningrad : elle comporte les noms de Mme Elena Alexandrova, directeur du Centre d'enseignement et de stage de l'académie des Sciences, de M. Nicolas Zabolotsky, enseignant à l'académie de théologie, de Mme Marguerite Karmanovskaya, enseignante à l'Université, de Mme Elena Katayeva, attachée parlementaire du Soviet suprême de l'URSS, de Mlle Xénia Klimenko, conservatrice au palais Menchikov, de Mme Lioubov Kostenko, artiste-peintre, de M. Valentin Moultatouli, professeur à l'Institut de la culture et metteur en scène et de Mme Varvara Pétrova, enseignante à l'Institut d'économie et des finances.

Trois questions dès lors se posent avec acuité : il convient de trouver une personnalité de renom pour assumer la présidence, de faire procéder à l'enregistrement des statuts en cours d'élaboration et d'organiser les activités de cours qui fondent partout dans le monde l'existence des Alliances Françaises. L'académicien Dmitri Likhatchov approché par l'attaché culturel décline la proposition en arguant des responsabilités qui sont déjà les siennes. C'est donc Nikita Tolstoï, professeur à la faculté de physique de l'Université d'Etat et brillant représentant de l'intelligentsia pétersbourgeoise qui accepte la charge. La responsabilité des démarches afin d'obtenir l'enregistrement des statuts est confiée à Mme Tatiana Metelitsyna relayée peu de temps après par Mme Svetlana Z. Lastovka. Une commission pédagogique composée de Mmes Sakharova et Metelitsyna ainsi que de Michel Tarran se tient le 23 juillet 1990 afin de préparer pour le 1er novembre suivant l'ouverture des cours.

Une seconde assemblée, initialement prévue en septembre se tient le 23 novembre 1990 dans une salle du Comité de quartier de l'arrondissement de Petrograd, au 19, rue Skorokhodov. Dans le bâtiment du palais Gortchakov, deux cents personnes se pressent, témoignant de l'engouement des francophones : la langue française reste à Leningrad porteuse des idéaux qui ont présidé à la fondation de l'Alliance Française de Paris en 1883.

Le responsable de l'arrondissement, M. Pavel Kochelev commence par saluer l'événement et dit sa joie de pouvoir accueillir l'assemblée. Mme Metelitsyna présente les personnalités figurant à la tribune auxquelles elle passe la parole. Dans son discours, Michel Tarran met en relief la réputation de " ville la plus française de l'Europe orientale " dont jouissait la capitale de la Russie impériale et trouve tout naturel d'y voir renaître l'Alliance Française. Nikita Tolstoï insiste sur l'esprit humaniste attaché à notre langue, l'opposant au monde contemporain technocratique où l'anglais prédomine.

Durant les mois qui suivent, l'enregistrement des statuts est ralenti par les pesanteurs bureaucratiques tandis qu'il reste à trouver des locaux, les promesses de l'arrondissement de Petrograd sur ce point ne pouvant être tenues.

C'est finalement le 24 juin 1991 que l'on procède à l'enregistrement officiel des statuts de l'association " Alliance Française de Leningrad ". L'association qui se veut résolument étrangère à tout implication politique, se fixe pour but la diffusion de la langue ; le soutien aux enseignants, l'organisation de manifestations culturelles et de voyages. Quelques mois avant la disparition officielle de l'Union Soviétique, elle s'affirme comme une des premières institutions de la société civile en gestation. Au Conseil d'administration présidé par Nikita Tolstoï on retrouve des personnalités présentes dès le début : M. et Mme Sakharov, MM. Orlov, Mmes Albina et Metelitsyna, M. Moultatouli, Mme Bayevskaya rejointes par Mme Natalia P. Korykhalova, professeur au Conservatoire supérieur de musique. Mme Lastovka prend pour sa part la fonction de trésorière.

Un bureau de 4 membres - le président, la vice-présidente, la secrétaire générale et la trésorière - est également formé.

La proposition formulée dans le courrier du 17 juillet 1990 à l'Alliance Française de Paris de confier à Michel Tarran la fonction de directeur est retenue et le Ministère des Affaires Etrangères le nomme à ce poste à compter du 1er septembre 1991.

Durant l'automne le problème de l'implantation est résolu. Michel Tarran fort du titre qui est le sien obtient du directeur de la Capella, Vitaly K . Lavrov un contrat de bail pour un local destiné à l'Alliance Française. L'association peut donc s'installer au 20, quai de la Moïka, dans l'aile droite du bâtiment. Les cours débutent en février 1992, avec 96 étudiants inscrits. A l'automne suivant, le nombre sera 150. Cette croissance rapide exige des locaux en extension et les candidats sont si nombreux qu'une liste d'attente est constituée.

L'équipe de l'Alliance Française s'étoffe : Xénia Klimenko rejoint les rangs du Comité, une comptable N . Petrova est engagée ainsi qu'une jeune secrétaire. La coordination des cours est confiée à M. Popova.

Les premières manifestations culturelles sont organisées dès l'automne 1992. Valentin M. Moultatouli réunit plusieurs acteurs du Théâtre Pouchkine (Alexandrinsky) et du Grand Théâtre Dramatique (BDT) et commence à présenter au public les pièces du répertoire classique français. Natalia P. Korykhalova met sur pied une série de concerts de musique française. Et dès le 14 juillet 1992 est organisé dans la cour de la Capella le premier " Bal de l'Alliance Française ".

Lors de l'Assemblée générale du 22 janvier 1993, le Consul général de France à Saint-Pétersbourg, M. Roland Blatmann, après avoir salué le travail accompli par l'Alliance Française mentionne l'existence aux côtés de celle-ci, d'un Centre culturel français, représentation du Ministère français des Affaires Etrangères. Les missions de chacune des institutions sont précisées d'un commun accord : l'Alliance Française reçoit mandat de développer l'enseignement de la langue et de diffuser le répertoire français avec le concours d'artistes russes, tandis que la responsabilité de la médiathèque ainsi que celles des spectacles venus de France est confiée au Centre culturel.

Le nombre d'étudiants s'élève si rapidement que l'octroi de plusieurs salles dans le bâtiment de la Capella ne suffit plus. L'école 171 ainsi qu'un établissement universitaire - l'Institut polytechnique du Nord-Ouest - accueillent également les cours. Au printemps 1994, 1063 étudiants sont répartis en 72 groupes pour un enseignement dispensé par 40 enseignants. Le succès conduits l'assemblée générale du 30 mai 1994 à coopter au Comité Mme Popova, coordinatrice des cours, Mme Martynova ainsi que Mlle Dolina.

A la même époque que le Ministre des Affaires Etrangères Alain Juppé vient à Saint-Pétersbourg inaugurer officiellement l'Institut Français et rend hommage à l'activité déployée depuis 1991 par l'Alliance Française.

* * *

L'automne 1994 est marqué par deux événements d'importance. En effet, la mort du président Nikita Tolstoï frappe l'Alliance Française de Saint-Pétersbourg et crée un vide amplifié par le départ de Michel Tarran promu à d'autres fonctions en Albanie. Sollicité par la vice-présidente Natalia Sakharova et le Consul général de France Michel Touraine, le directeur de l'Ermitage, nonobstant la multiplicité de ses tâches accepte de présider l'association. Au début du mois d'octobre 1994, Olivier Guillaume prend ses fonctions de directeur commun à l'Institut Français et à l'Alliance Française.

Il s'attache d'abord à bien coordonner l'activité des deux institutions et à assumer un fonctionnement régulier de l'association après la période de vacance consécutive à la disparition du président.

Les statuts de l'association pétersbourgeoise selon la demande écrite formulée par Jean Harzic à Michel Tarran le 21 juin 1994 sont mis en conformité avec ceux de l'Alliance Française de Paris dans le respect de la législation russe.

Le Comité désormais composé de 15 membres confie la fonction de secrétaire général à Galina M. Dragan et la coordination des activités pédagogiques à Nina V. Martynova.

La fréquentation des cours dispensés par 26 enseignants s'établit à 925 et le nouveau directeur cherche à diversifier l'offre de formation en l'adaptant mieux encore aux besoins du public. Ainsi est encouragée la préparation aux examens de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris.

Des bourses sont attribuées pour encourager les plus méritants : les unes portent le nom du président défunt, Nikita Tolstoï, d'autres sont proposées par l'association " Paris-Pétersbourg " animée par Mme Elisabeth Gagarine.

La formation continue des pédagogues est poursuivie et encouragée par l'envoi régulier de stagiaires en France.

Les manifestations culturelles se développent avec régularité et prennent une extension régionale. La troupe réunie par Valentin Moultatouli se produit durant les semaines de la culture française à Pskov, Novgorod, Tikhvine et Vyborg. Le concours de Marina Starykh, actrice au Grand Théâtre Dramatique, permet de proposer des spectacles en français. Les concerts de Natalia Korykhalova forment un cycle intitulé " Mercredis musicaux " que l'affluence croissante contraint à quitter la salle du Musée du Théâtre pour celle, plus vaste de l'Union des journalistes située au 70, de la perspective Nevsky.

Elena Bayevskaya de son côté anime un atelier de traduction réunissant à la médiathèque de l'Institut Français une vingtaine de professionnels.

L'Assemblée générale du 8 décembre 1995 tire le bilan de ces évolutions en présence du Secrétaire général de l'Alliance Française de Paris, Jean Harzic.

L'Alliance Française est présente aux grands rendez-vous : Fête de la francophonie en mars, Bal le 14 juillet et organise aussi des conférences à la médiathèque.

Une seule question demeure sans réponse : celle des locaux, les recherches conduites n'ayant pas permis de trouver un point d'implantation suffisant.

L'année 1996 est placée sous le signe de la création par l'Alliance Française d'une Ecole, sous-structure destinée à répondre à l'évolution de la loi russe. Celle-ci en effet exige désormais l'octroi d'une licence (pour la diffusion de cours) qui ne peut être attribuée qu'à un établissement d'enseignement reconnu en tant que tel. Dotée de la personnalité morale et d'une comptabilité propre, " L'Ecole de l'Alliance Française " enregistrée le 16 septembre 1996 est dirigée selon la décision du Comité par la secrétaire générale de l'Association, Galina M. Dragan, tandis qu'un Conseil pédagogique est institué, animé par Nina V. Martynova.

Lors de l'Assemblée générale de décembre 1996 qui célèbre les cinq ans de la refondation de l'Alliance Française diverses personnalités du monde des affaires et des médias sont appelées au Comité, attestant l'influence de l'association dans la société civile.

C'est ainsi que font leur entrée dans l'instance dirigeante de l`association : Mme Véra Obolensky de la CGTT, MM. Dmitri Jourkine de la Galerie du vin, Dmitri Bagaev de Coin de France et Zinovy Spitchinsky des éditions Avrora. Kirill Naboutov, animateur célèbre d'un programme TV et Mme Marina Starykh, actrice au BDT viennent prêter leur concours au Comité.

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Lorsqu'à l'automne 1997 le troisième directeur, auteur de ces pages, prend ses fonctions, il est placé par le Comité à la tête d'une Alliance forte et reconnue. Le prestige de son président qui recevra le 9 décembre 1998 des mains de l'Ambassadeur de France en Russie M. Hubert Colin de Verdière les insignes de Chevalier de la légion d'honneur en témoigne. Quant à la vice-présidente Natalia Sakharova, elle vient de recouvrer ses papiers de citoyenne française et incarne le trait d'union entre les deux pays.

L'Alliance Française achève au début 1998 la mise en place de son nouveau dispositif interne. Le Comité veille à contrôler les activités de l'Ecole qu'il a créée et qui recueille les revenus de cours. Les mesures prises lors du Comité en mars 1998 permettent à l'Ecole de s'autofinancer et à l'Alliance de poursuivre ses activités culturelles.

La diffusion de la langue retrouve également son étiage des années 1993-1994. A compter du premier semestre 1998, l'objectif des 1000 inscrits est atteint sans discontinuer, gage de stabilité.

La crise financière d'août 1998 touche cependant l'Alliance Française de Saint-Pétersbourg qui voit ses fonds de réserve bloqués par la fermeture temporaire des comptes bancaires. Ces difficultés sont surmontées par la mise à profit de la subvention accordée par le Ministère des Affaires Etrangères : le matériel pédagogique peut être acquis dans les temps.

Le prix des cours n'étant pas immédiatement doublé, le nombre de candidats dépasse le chiffre 1000. L'aide de la partie française et la qualité de l'équipe des professeurs ont permis de surmonter l'obstacle, preuve que l'Alliance Française est une formule qui réussit à Saint-Pétersbourg particulièrement. C'est durant cette période que le nouveau comptable, M. Léonid Choumny entre en fonctions.

Le poste de responsable des manifestations culturelles est au début 1999 confié à Mme Marina Jouravliova. Familière du monde théâtral de Saint-Pétersbourg, elle œuvre à moderniser le répertoire en russe comme en français. Les Chaises de Ionesco sont représentées ainsi que Pour un oui pour un non de Nathalie Sarraute.

Les " Mercredis musicaux " accueillent aussi en automne un concert d'artiste français dans la petite salle de la Philharmonie en coopération avec l'association " Paris-Pétersbourg ". Jean-Marc Luisada s'y produit en novembre 1998 avant de se rendre à Novgorod. L'action culturelle de l'Alliance Française retrouve ainsi une extension régionale.

L'Alliance Française par son influence contribue à renforcer la coopération culturelle que conduit l'Institut Français. Ainsi au Théâtre Mariinski, Mlle Xénia Klimenko apporte sa contribution à la préparation de plusieurs opéras.

Le signe le plus tangible de ce rayonnement sera à l'automne 2000 l'adhésion collective de la prestigieuse école de danse Vaganova dirigée par M. Nadirov.

Le Comité tenu à la fin 1999 en présence de l'Ambassadeur de France M. Hubert Colin de Verdière et de M. Francis Lecompte, délégué général de l'action à l'étranger de l'Alliance Française de Paris a été renouvelé. Le directeur de la radio Europa Plus, Alexandre Polessitsky, des représentants d'entreprises M. Kansky pour Lesaffre et Mme Skoukovskaya pour Soufflet ainsi que le conservateur du Fonds Voltaire, Nicolas Kopanev, font leur entrée.

La contribution des membres du Comité et particulièrement ceux des entreprises va permettre au Bal du 14 juillet 2000 de se tenir au Palais Anitchkov (39, perspective Nevsky), revêtant ainsi un éclat particulier.

Lors des débats de l'assemblée générale de 10 décembre 2000 tenue en présence de l'Ambassadeur de France, M. Claude Blanchemaison, et du secrétaire général de l'Alliance Française de Paris, Jean Harzic, les regards se fixent sur les grandes échéances à venir : 10ème anniversaire de la refondation à la fin juin 2001 et préparation des célébrations du tricentenaire de Saint-Pétersbourg en 2003. L'Alliance Française, trait d'union entre Pétersbourg et la France entend prendre toute sa part à ces manifestations.

 
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