Alliance Francaise
L'ALLIANCE FRANCAISE ET L'INSTITUT FRANCAIS DE SAINT-PETERSBOURG
Essais historiques
Institut Francais
Philippe Evréinoff,
Secrétaire général de l'Institut Français.

La seconde naissance de l'Institut Français de Saint-Pétersbourg


La première phase de la refondation de l'Institut français de Saint-Pétersbourg est celle de son installation.

Michel Tarran, déjà attaché culturel auprès du consulat général de France à Léningrad et directeur de l'Alliance Française, a été le maître d' œuvre de l'installation d'un service extérieur du ministère des Affaires étrangères français dans la ville, qui se targue toujours d'être la capitale culturelle de la Russie. L'intérêt d'une implantation culturelle française dans l'ancienne capitale de l'empire russe n'a jamais échappé aux autorités françaises. Elles encouragent la création d'une Alliance Française, alors que la forteresse soviétique se lézarde irrémédiablement. Mais l'importance d'une ville comme Saint-Pétersbourg porte les autorités françaises à envisager l'ouverture d'un centre culturel, émanation du ministère des Affaires étrangères. Ainsi, dans un souci de cohérence, il est décidé que les deux organismes seront placés sous l'autorité d'un directeur unique.

Au strict plan du droit interne français, la création de ce nouvel établissement ne soulève aucune difficulté. Pendant l'année 1992, simple annexe du Centre Culturel Français de Moscou, il dispose, à compter du 1er janvier 1993, de l'autonomie financière. Est ensuite signé avec les nouvelles autorités russes, le 12 novembre 1992, un accord intergouvernemental sur " le statut et le fonctionnement des centres culturels ", qui garantit l'existence de l'établissement au quotidien. Cet accord, qui admet la possibilité pour chacun des deux États de créer des centres culturels ailleurs que dans les capitales, constitue la reconnaissance de facto de l'existence du centre culturel français de Saint-Pétersbourg. Un échange de lettres doit cependant encore l'officialiser, qui s'enchevêtre avec l'adoption règlementaire du principe d'application de l'accord du côté russe et la procédure parlementaire de ratification du côté français  .

En ce qui concerne l'hébergement de ce centre, une proposition plus modeste que celle d'abord envisagée de la restauration d'un palais pétersbourgeois est finalement retenue. Dans un contexte d'extrême difficulté à trouver des locaux en raison du flou juridique qui règne alors en Russie concernant la propriété privée et de l'absence d'un marché immobilier, la Capella Académique d'État " Glinka ", qui dispose de vastes locaux, se propose de mettre à la disposition de la partie française, moyennant une convention de coopération, une surface de près de 425 m² permettant la création d'un établissement culturel avec bibliothèque et bureaux. Cette institution musicale dépendant de la municipalité est, de plus, idéalement située, au cœur du centre historique, à deux pas du musée de l'Ermitage.

Aux yeux de ses promoteurs parisiens, le centre culturel français de Saint-Pétersbourg doit devenir dès que possible l'Institut français de Saint-Pétersbourg, retrouvant ainsi le nom de la prestigieuse institution, créée à l'initiative de Paul Doumer, futur président de la République française, institution qui l'avait précédé jusqu'en 1917, illustrant les relations, notamment académiques entre la France et l'ancienne capitale russe. Cette appellation d'" institut " tend à souligner la vocation en matière de coopération universitaire de l'établissement. Cette vocation est mise en cause par la transformation à partir de la rentrée 1992 du collège français de Saint-Pétersbourg, créé comme son homologue de Moscou, par Marek Halter, en véritable filière francophone en sciences sociales au sein de l'université d'État de Saint-Pétersbourg.

L'accomplissement par la Russie et par la France des formalités liées à l'entrée en vigueur des accords culturels franco-russes permet au ministre des Affaires étrangères, M. Alain Juppé, au cours d'une visite officielle en Russie, d'inaugurer avec la pleine participation des autorités et des milieux intellectuels russes le Centre Culturel Français à Moscou (20 mai 1994) et l'Institut Français de Saint-Pétersbourg (21 mai 1994). La présence du ministre, qui est accompagné de deux députés, M. André, président du groupe d'amitié France-Russie de l'Assemblée Nationale, et de M. de Boishue ainsi que de Mme Carrère d'Encausse, de l'Académie Française, consacre les premières entreprises de ces centres fonctionnant depuis deux ans et garantit de nouveaux développements. Les paroles élogieuses prononcées au cours de l'inauguration par le maire très francophile de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak, soulignent l'appréciation positive portée par les autorités russes sur l'activité de ce jeune établissement et le soutien qu'elles entendent continuer à lui prodiguer. Cette manifestation conforte également la place de l'Institut Français de Saint-Pétersbourg au sein de son établissement d'accueil. Le directeur artistique de la Capella, M. Vladislav Tchernouchenko, dit chaleureusement combien il apprécit la présence française, qui donne à l'action de la France, en matière musicale un éclat particulier compensant ainsi, dans une certaine mesure, l'inconvénient de ne pas disposer de locaux en propre. Le ministre et M. Sobtchak, qui visite lui-même la médiathèque et les bureaux de l'Institut français pour la première fois, constatent la qualité des installations et le très grand succès auprès du public local. L'informatisation est apparue comme un développement prioritaire à assurer dans l'année même.

Une fois résolues les questions tenant au statut et à l'installation matérielle, il s'agit de préciser les fonctions et les missions de l'Institut français. Toutes les tâches d'enseignement du français sont déléguées à l'Alliance Française. Deux fonctions s'imposent alors d'emblée pour l'Institut Français :

- la gestion d'un centre de ressources documentaires, bibliothèque-médiathèque ;

- l'organisation de manifestations culturelles et notamment artistiques, en relais du service culturel de l'ambassade de France à Moscou et de l'Association Française d'Action Artistique (AFAA).

Une fois surmontées les difficultés liées au début de leur cohabitation (mixité du personnel, difficulté de répartir la propriété du matériel et les dépenses indirectes), les rôles sont durablement répartis entre les deux principales entités culturelles françaises à Saint-Pétersbourg, qui allaient jusqu'à maintenant coexister.

C'est principalement grâce aux efforts de Mireille Blatmann, l'épouse du Consul général de France, Roland Blatmann, qu'est organisée la médiathèque, première de ce type dans la ville. Depuis la création de cet outil irremplaçable, les agents eux-mêmes placent la barre très haut en soutenant aux francophiles de la ville qu'ils peuvent y trouver tout ce qu'ils recherchent. Aucune rumeur ne prétend encore le contraire...

Le premier secrétaire général nommé par le ministère, Laurence Hagège, outre ses tâches de responsable du personnel et du budget, s'occupe activement de promouvoir le cinéma français à Saint-Pétersbourg. Cette spécificité du poste s'est maintenue avec le second secrétaire général, Nathalie Bessis-Dernov.

Nécessité par l'exiguité des locaux, le départ du Bureau de Coopération Linguistique et Éducative (BCLE) dirigé par Sylvie Le Buzelier, puis par Marianne Tomi, des locaux de la médiathèque marque le début d'une nouvelle étape dans l'histoire de l'Institut français " refondé ".

* * *

La seconde époque marquante dans l'histoire de l'Institut français " restauré " est donc celle de son recentrage sur sa vocation culturelle.

Le second directeur, Olivier Guillaume, souligne à son arrivée le côté remarquable du travail accompli avant lui puisqu'on avait réussi à créer, en peu de temps, tous les éléments d'une structure diversifiée qui existe encore aujourd'hui à l'exception du BCLE devenu en novembre 1996 un Centre de Langue Française (CLF). Il achève notamment l'installation de l'Institut français en dotant celui-ci d'un bureau d'ordre.

Mais cette nouvelle étape est marquée avant tout au début de 1995 par le recrutement de cadres professionnels. Catherine Counot, bibliothécaire de métier et ardente russophile, achève l'aménagement de la médiathèque-centre de ressources et lui donne la marque professionnelle qu'elle a conservée jusqu'à aujourd'hui. Depuis le début, la responsable du centre de ressources, Evguénia Boïarkina, est le gardien vigilant de cette " tradition " mais aussi le zélateur attentif du changement. L'animation du secteur livre prend son essor.

Outre l'agrandissement de l'espace dont il a déjà été question, il est procédé à l'informatisation du catalogue, l'allongement des horaires d'ouverture au public. Sous l'impulsion de Catherine Counot, les relations avec les bibliothèques de la ville et de la circonscription consulaire se développent : accueil de bilbliothécaires-stagiaires russes, dons d'ouvrages avec l'appui de l'Ambassade, organisation du Temps de Lire. Des relations particulièrement étroites sont nouées avec la Bibliothèque Nationale de Russie (ex-bibliothèque publique Saltykov-Chédrine), qui abrite le fonds Voltaire. Les liens avec les éditeurs sont actifs et leur participation au Programme d'Aide à la Publication (P. A. P.) Pouchkine s'accroît régulièrement.

Alla Béliak donne un nouveau souffle à l'activité du bureau des manifestations artistiques, qui lui est confié en janvier 1995. Est en particulier amorcée une coopération avec les grandes institutions culturelles de la ville, privilégiant la musique et la danse. La crise financière qui touche le pays de plein fouet pousse les institutions culturelles de la ville à vivre d'expédients. Les nombreux festivals qu'elles organisent cachent mal leur indigence. Mais l'accès " libre " à la Capella permet à l'Institut Français d'y organiser de nombreux concerts. La concurrence avec nos partenaires européens, qui eux aussi ont ouvert des centres culturels (British Council, Gœthe Institut) s'accroît et le label occidental perd de son attrait. Cependant si Saint-Pétersbourg demeure une ville de mélomanes, des pans entiers de la musique française demeurent méconnus. La Turangalila Symphonie de Messiaen est exécutée pour la première fois en Russie grâce au soutien de l'Institut Français. Dans une ville qui demeurera longtemps hermétique à la danse contemporaine, on choisit de proposer au public russe un cycle de " ballet classique revisité ".

Outre celles de responsable de la programmation et d'ordonnateur des dépenses de l'Institut Français, les tâches principales du directeur " faisant fonction d'attaché culturel " sont la coordination du dispositif culturel français dans la ville, le suivi des dossiers de coopération technique et audiovisuelle pour le compte de l'Ambassade, ainsi que la gestion locale des invitations/missions.

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La troisième étape, qui s'achève, est celle d'une réorganisation principalement administrative en vue de l'amélioration du dispositif culturel français à Saint-Pétersbourg et d'un effort particulier de communication et de publicité incluant la recherche de mécènes, de diversification des partenaires de coopération culturelle, dans l'audiovisuel (cinéma) et de coopération universitaire.

Le personnel de l'Institut français se voit garantir, conformément à la législation en vigueur dans la Fédération de Russie, un contrat de travail à durée indéterminée. La plupart des agents exerçant leurs fonctions depuis au moins cinq ans, sont exemptés de la période probatoire de stage. Les deux caractéristiques du personnel russe de l'Institut français de Saint-Pétersbourg, outre la disponibilité qui est souvent remarquée par nos hôtes français, est son dévouement rare à la cause de la culture française et, de plus, sa grande constance. C'est un personnel jeune, recruté en grande partie avant 1994, comme Victoria Chalina, qui sera la secrétaire de trois directeurs successifs depuis le début. La direction de l'Institut français s'attache à offrir à l'ensemble des agents des stages de formation, si possible en France, voire à Moscou et même sur place.

Un contrat de bail en bonne et due forme a été signé le 28 décembre 1998 avec le Comité pour la gestion des biens municipaux (K. Ou. Gu. I.). Ce contrat vient se substituer à la convention de coopération signée avec la Capella Académique d'État en 1993 et renouvelée en 1995. C'est l'Alliance Française qui a signé le premier contrat d'occupation des locaux de la Capella, permettant à l'Institut Français de travailler avant la régularisation de son statut. Désormais, l'Institut Français est reconnu comme occupant de droit des locaux et le personnel administratif de l'Alliance continue à travailler à titre gracieux dans les locaux de l'Institut Français. Après un véritable parcours du combattant dans le maquis bureaucratique post-soviétique, la signature du contrat de bail effectuée par le Consul général de France, M. Alexandre Keltchewsky, permet de prolonger la présence culturelle française au cœur de Saint-Pétersbourg et de clarifier les rapports avec la Capella.

Un fort accent est mis sur le volet communication et publicité de l'Institut français. Les manifestations organisées ou soutenues par l'Institut français sont désormais présentées dans un programme trimestriel, à l'instar de ce qui ce fait au Centre Culturel Français de Moscou et chez beaucoup de nos partenaires européens, malgré une pratique de tarifs exorbitants des travaux d'imprimerie. Un chargé de presse, Oleg Bykhovski, est recruté, qui vient de la télévison et qui travaille en étroite liaison avec sa collègue du Consulat général de France, Isabelle Tourancheau, dépouille quotidiennement la presse locale, met sur pied les conférences de presse et confectionne des dossiers de presse pour chaque manifestation. L'Institut Français se construit ainsi une image aux côtés d'une Alliance Française, première installée, et dont les cours demeurent très en faveur au sein du public francophile pétersbourgeois. Depuis trois années, l'Institut français cherche activement des mécènes pour l'aider à financer ses manifestations, dans un pays qui a renoué avec une inquisition fiscale digne de Pierre le Grand. L'Institut Français s'est durablement attaché la radio Europa Plus comme sponsor informatif. Il n'est qu'à regarder l'affiche du Bal du 13 juillet 2000 pour voir combien de mécènes peuvent répondre à l'appel !.. Cette quête de mécènes va de pair avec la tendance à prendre part et à aider des opérations d'initiative locale, non dépourvues d'envergure, comme l'exposition Pierre Soulages inaugurée au musée de l'Ermitage le 29 mai 2001.

Une coopération avec la télévision locale est amorcée, qui s'est d'abord concrétisée par la participation de l'encadrement de l'Institut Français à l'émission " Fenêtre sur la France ". Chaque fois que s'est offerte la possibilité, l'Institut Français a pris le relais de projections de films récents initiées par l'attaché audiovisuel de l'Ambassade, Jean-Christophe Baubiat. Il a participé résolument au Festival des Festivals, organisé non sans écho maintenant depuis trois ans par le russe Alexandre Mamontov, comme au festival du court métrage et du film d'animation " Message à l'Homme ".

En collaboration avec la Capella est mise sur pied une " Saison française à la Capella ", qui promeut la musique tant française que contemporaine, tandis que la coopération s'accroît et se diversifie avec la multiplication des partenaires culturels russes : la Philharmonie Chostakovitch (Jean-Claude Casadesus, Jean-Yves Thibaudet), le théâtre Alexandra ex-Pouchkine (Jean-Pierre Vincent et le théâtre Nanterre-Amandiers), le théâtre Mariinski (Karine Saporta) et l'Ermitage (exposition Soulages). Des efforts sont faits pour multiplier les manifestations dans la circonscription consulaire en coopération avec l'Alliance Française. Des conférences dans le champ des sciences sociales et de la littérature sont organisées le plus souvent à la médiathèque, qui accueille en 1999 un " Printemps littéraire français " avec la venue d'Alain Robbe-Grillet, René de Obaldia, Paule Constant, Françoise Chandernagor, Annie Ernaux, Pascal Bruckner et Michel Houellebecq.

La mission de coopération universitaire de l'Institut français, qui renoue ainsi avec son passé lointain, est mise en exergue. Sous l'égide des ses directeurs, Jean-Robert Raviot et Caroline Dufy, le collège universitaire cherche à développer sa fonction de coopération. Des conférences, des rencontres et des colloques sont organisés en collaboration avec la médiathèque-centre de ressources dirigée par Laurent Lenoir. C'est cette harmonisation entre les différentes entités culturelles et éducatives orchestrée par le directeur de l'Institut français, Christian Faure, qui a permis à Saint-Pétersbourg, sous la houlette du Consul général, le net succès de l'opération Edufrance au printemps 2001. Un agent est désormais chargé plus spécialement de l'information sur la coopération universitaire, l'enseignement supérieur en France et sur les bourses, qui travaille en étroite collaboration avec sa collègue, responsable du centre de ressources.

L'Institut Français, en définitive, assume la responsabilité de passerelle de coopération entre institutions artistiques et universitaires des deux pays. C'est en grande partie grâce à ce rôle que les conditions sont réunies pour continuer d'affirmer la présence culturelle de la France dans cette ville francophile, l'une des plus grandes métropoles européennes (cinq millions d'habitants), qui se veut toujours la capitale culturelle de la Russie, alors qu'elle n'a plus depuis longtemps les moyens de ses ambitions. Car Saint-Pétersbourg est appelée à rester un pôle universitaire et artistique important, digne de sa mission de fenêtre sur l'Occident dans un pays qui subit depuis dix ans de si profondes mutations.

 
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